Samedi 21 février 6 21 /02 /Fév 23:56

Interview de Lucy Vincent Neurobiologiste pour Psychologies magazine
Vous dites aussi que l’alchimie amoureuse de la rencontre ne dure guère plus de trois ans…
La programmation génétique du comportement amoureux modifie l’activité dans certaines zones du cerveau. Ces zones vont peu à peu se désensibiliser, même si des mécanismes hormonaux, comme ceux de l’ocytocine, tempèrent le processus. Progressivement, l’activité du cerveau reprend son cours normal, débarrassée de l’excitation de la période amoureuse. Cette désensibilisation intervient quand l’enfant est capable de se débrouiller tout seul, vers 3 ans. C’est son cap de viabilité, où il peut commencer à se lever, à chasser quelque chose qui le gêne ou à attraper un fruit. Dès lors, un seul parent peut suffire. Pourquoi forcer deux parents à rester ensemble s’ils ne sont plus nécessaires à l’évolution ? L’évolution se fiche de notre bonheur après la reproduction !

Mais alors, pourquoi certains couples tiennent-ils dans le temps ? Leur cerveau n’est donc jamais désensibilisé ?
Si, il y a une certaine désensibilisation. Mais il y a aussi une aide biologique à la durée du couple. Même quand les récepteurs d’endomorphine sont désensibilisés, qu’ils n’induisent plus la dépendance de l’un à l’autre, il reste l’ocytocine. Quand un couple s’embrasse, se caresse, quand il fait l’amour, ou même quand il bavarde tranquillement autour d’un dîner, il y a libération d’ocytocine. Et l’ocytocine induit un sentiment de bien-être. Elle stimule le système immunitaire, elle ralentit le cœur, elle met le corps en situation d’apaisement. Les couples qui gardent ces comportements amoureux peuvent durer plus longtemps. Ils ne sont plus dans la dépendance, mais dans le bien-être.

Expliquer l’amour par la chimie, c’est tuer une solide idée romantique…
Nous avons trop été élevés dans la culture des contes de fées. Le conte dit : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Il ne dit jamais : « Ils vécurent heureux trois ans, puis c’est devenu plus difficile. » Du coup, quand ces trois années sont passées et que le cerveau reprend son activité normale, on regarde son partenaire et on se dit : « Mince ! Il a plein d’habitudes qui ne me plaisent pas. Pourquoi l’ai-je choisi ? Ce n’est pas le bon ! » Mais si on sait comment ça marche, on peut se dire : « On est arrivés à un stade où le cerveau est revenu à une activité normale, alors comment envisager la suite de l’histoire ? »

Comment l’envisager justement ?
Quand on démarre une histoire d’amour, parallèlement au processus chimique, il existe dans le couple une deuxième voie d’échanges, par la parole. Ces échanges-là impliquent d’autres parties du cerveau qui ne sont pas nécessairement endormies par l’amour. Si on se donne la peine de sonder l’autre, on peut s’enrichir d’informations concernant sa vie intellectuelle. Des études montrent une différence de qualité des échanges entre les couples qui vont durer et ceux qui ne franchiront pas le cap fatidique des trois ans. Les femmes qui disent de leur partenaire : « Il est génial », sans pouvoir donner des détails du genre : « Il fait des spaghettis à merveille, il connaît tout Woody Allen, c’est un fan de Tintin » etc., n’auront pas un couple qui dure. Les couples qui durent sont, au contraire, ceux qui peuvent s’expliquer en détail en quoi l’un et l’autre sont merveilleux. Cette précision des informations est de bon augure pour la suite. Lors d’une expérience faite avec des couples formés depuis dix ans, on a demandé aux gens de décrire leurs partenaires. Les personnes satisfaites le voyaient toujours mieux qu’il n’était et que ses amis ne le jugeaient. Grâce aux échanges intellectuels, une modification du cerveau s’opère sur le long terme en faveur du partenaire.

Rien ne serait donc affaire de volonté ?
On ne peut pas décider de tomber amoureux. Mais on peut décider, dès le début, que l’on va interroger son partenaire, au lieu de se laisser aller à tout trouver fantastique sans regarder les points de désaccords qui gâcheraient le plaisir.
Il faut savoir rester lucide, car l’amour n’est pas entièrement programmé. C’est une chose étrange, hybride, qui inclut également notre expérience individuelle. Au-delà de notre programmation d’origine, nous sommes devenus des êtres humains.

http://www.psychologies.com/article.cfm/article/3430/Lucy-Vincent-neurobiologiste-Pourquoi-l-amour-dure-trois-ans.htm?id=3430&page=1

Publié dans : esprit masculin/feminin eros et thanatos - Par icegirl
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